Quand l’homme de terrain parle

 Eclairage technique d’un professionnel de la montagne.

Le télésiège: 1825m-2530m

  • Exposition aux vents et travaux importants.

Le départ jouxte le départ du télésiège du plan de l’eau. Implanté sur une crête, il sera exposé aux vents dominants sud et nord accélérés par l’effet venturi* au passage de la crête, particulièrement puissants dans ce secteur. Nous savons tous qu’un télésiège est plus sensible aux vents de travers qu’à ceux dans l’axe (risque de déraillement et que les sièges touchent les pylônes). L’arrivée se situe sur le replat de l’arrivée du téléski de la Masse. La gare sommitale volumineuse, comme toutes celles des débrayables, demandera de la place donc beaucoup de bullage pour grignoter la butte actuelle. On peut s’attendre à l’utilisation d’explosifs vu la nature du terrain.

*effet venturi : accélération de la vitesse du vent

  • Fréquentation et investissement

Dès le début de l’après midi ce versant Est plonge dans l’ombre,  difficile donc d’y attirer des skieurs qui vont se geler durant toute la montée… Tout le versant de la masse, où est implanté ce télésiège souffre d’une désertification dès la mi-journée. On peut se demander comment la Sevabel justifiera cette faible fréquentation par rapport au coûteux investissement (8 000 000 euros environ) auprès de la Compagnie des Alpes, sa société mère.

La Piste: 1950m-2500m

La description commence par le haut: 1ère partie et donc le bas 2ème partie.

  • Bullage et mouvement de terrain :

Concernant sa création: la 1ère partie plein Sud nécessite de gros volumes de terre à déplacer, belle entrée en matière pour une entrée discrète… La suite, face à Val Thorens, orientée plutôt Est Sud-Est, demande constamment du façonnage de terrain et donc du bullage. Seule la dernière partie en oblique à droite pour rejoindre le pont semble préserver le terrain naturel.

  • Conception de la piste

Concernant des possibles réserves à neige naturelles en bordure de piste, aucune zone n’est prévue pour l’instant; celles-ci permettent dès une chute de neige ou un phénomène venteux d’accumuler naturellement de la neige. Des barrières à neige type palissades en bois fort peu discrètes seront éventuellement implantées. Il est étonnant de constater que ce projet s’arrête à tracer une piste sans prendre dans sa globalité son enneigement. Les aménageurs préfèrent apparemment échelonner  les travaux  dans le temps ce qui va générer des coûts et des dérangements supplémentaires. On peut comprendre que les créateurs de pistes veulent gagner du temps et livrer leurs projets rapidement au détriment d’une cohérence et des évidences du terrain.

 On peut regretter que les hommes de terrain ne soient pas plus impliqués dans ce(les) projet(s) ni même plus écoutés en commission des pistes. On reste trop souvent sur le principe de « décideur payeur ». Le tracé de la piste de la Chasse image bien cette logique:  mauvaise conception du projet, autorisation accordée prématurément. Aujourd’hui son enneigement s’avère très difficile, elle reste très peu ouverte depuis sa création.

Il faut savoir qu’une fois le plan de piste établi et géolocalisé, il est inséré dans le système de guidage du bulldozer. Le chauffeur n’ayant plus qu’à suivre les données de son ordinateur intégré, peu de place est laissée à une utilisation naturelle du terrain.

Ceci explique sans doute les dernières créations souvent rectilignes style boulevards… D’où l’importance d’établir dès le départ un plan de piste de qualité prenant en compte tous ces paramètres. On constate trop souvent ailleurs sur le domaine ce type d’erreurs sur le terrain, par exemple une piste verte avec des variations importantes de pente, soit trop pentue ce qui occasionne des freinages suivis de faux plats obligeant à pousser.

  • Enneigement

Concernant l’enneigement: le début à 2500m sera décapé dès que les vents du sud, souvent forts dans ce secteur et à cette altitude, souffleront avec l’impossibilité de ramener de la neige vu les pentes raides environnantes. La suite de la piste Sud-Est prenant le soleil dès les 1ers rayons souffrira de la fonte sans pouvoir être réalimentée en neige. La dernière partie à 2000m y sera encore plus sensible.

Pour maintenir cette piste enneigée, d’autres travaux  en découleront pour implanter les conduites des enneigeurs (canons à neige) consommateurs d’eau, dont nous manquons cruellement. La saison d’hiver actuelle en est un bon exemple.

  •   Risque avalancheux

Ce secteur suffisamment pentu est exposé à des avalanches. Il sera donc nécessaire d’implanter des équipements de déclenchement d’avalanche (gazex, catex, etc…) défigurant une fois de plus le paysage.

Carte CLPA à jour de décembre 2006

secteur avalancheux

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source: ftp://avalanchesftp.grenoble.cemagref.fr/epaclpa/CLPA_feuilles_carte/alpes/CLPA_AU65.jpg

Ces données font suite à l’entrevue du 17 février avec les responsables de la Sevabel: société de remontées mécaniques des Menuires – St Martin de Belleville.

Nos prochains articles traiteront des conséquences directes et indirectes de ces aménagements.

Nous espérons que notre démarche ainsi que notre travail de réflexion et d’analyse ne seront pas un coup d’épée dans l’eau grâce à votre soutien. Participons tous à l’évolution des mentalités pour une réflexion écocitoyenne qui donne plus de recul à ces projets.

Jean Luc Ligeon, moniteur de ski, guide de haute montagne, membre de la commission des pistes.